On nous accuse d'avoir sédaté la jument que nous avons appelé Chattilla, pour la prendre en photo en position allongée. Ou d'avoir attendu qu'elle se roule dans la paille.
J'ai tardé à réagir à vos accusations, car mes journées sont bien assez chargées et je ne pensais pas devoir donner mes seules quelques heures de repos le soir pour répondre à vos insultes. Mon dieu, je sais pourquoi je donne tout aux animaux. Les humains ne sont que destructeurs.
18 h de travail par jour, parfois juste avec le petit déjeuner dans l'estomac. Jamais le temps pour un pause, pour nos amis, notre famille, nous-même...
Depuis des années, c'est mon quotidien. Je donne tout pour les animaux qui vivent sur cette ferme. J'ai 21 ans et je passe mes journée a nettoyer, à soigner, à essayer que tous les animaux qui vivent sur cette ferme soient bien et en bonne santé.
Le jeudi 23 octobre, j'étais en plein dans mes activités. Nous avions la visite d'une SPA, donc lever à 5 h du matin ; je devais avoir fini mon travail plus tôt que d'habitude.
Le téléphone a sonné vers 13h30. Une connaissance était au bout du fil. Elle voulait que je prenne une jument trotteuse de 23 ans qui se trouvait dans le camion d'un boucher.
Apparemment, d'après vos commentaires haineux publiés suite à l'article "Contactée d'urgence", j'ai été manipulée par cette personne qui sauve depuis des années des chevaux de Maurs.
Contrairement à ce qu'elle m'a dit, Chattilla se trouvait encore chez le marchand à ce moment-là.
Je ne voulais pas prendre de cheval de Maurs ce jour-là, je ne voulais même pas aller au téléphone. J'étais très pressée, mais un membre de ma famille a décroché et a dit que c'était pour moi.
L'association "La Ferme des Rescapés" a plus de 35 équidés à sa charge cet hiver, dont la moitié a plus de 25 ans. C'est moi qui est responsable de chacun d'entre eux. Box, aliment complémentaire, soins individuels... Je sais que cet hiver je pourrai leur consacrer bien des heures tous les jours. Du fumier, je vais pouvoir en sortir et quand il gèlera, il vaudra mieux ne pas compter les seaux d'eau à porter.
La personne m'a dit qu'il fallait que je me décide très vite. Contre l'avis de ma famille, j'ai dit oui. Pour elle.
On m'a dit qu'elle avait un grand pis, qu'on lui avait sûrement enlevé son petit récemment. Son destin m'a rappelé celui de mon grand amour, Julia, une trotteuse qui avait elle aussi était destinée à l'abattoir quand elle n'a plus été capable de pouliner. On lui avait enlevé sa fille, à qui elle tenait beaucoup, avant que je ne la récupère.
Après tous vos commentaires haineux, je me suis dit : " Mon dieu, pourquoi je n'ai pas dit non". Je pourrais être en train de soigner mes chats ou de simplement faire pendant cinq minutes quelque chose pour moi.
Quand la personne est arrivée avec Chattilla, chez nous, elle m'a dit qu'elle était tombée dans le camion.
Chattilla est sortie en boitant du van. Elle avait des plaies aux postérieurs. Sa respiration n'était pas bonne et elle avait sué.
On ne nous a pas donné ses papiers, le marchand n'aurait pas voulu les donner avec. Son nom d'origine était donc inconnu, c'est pourquoi je l'ai appelée Chattilla. Tant qu'elle vivra à la Ferme des Rescapés, elle s'appellera Chattilla.
Toutes les personnes qui accusent La ferme des Rescapés d'avoir inventé le mauvais état de la jument sont invitées à venir la voir, à constater d'eux-mêmes les blessures bien visibles de la jument.
Sur la foire, où vous l'avez tous prise en photos, elle était en bonne santé, "maigre mais sans plus". Je n'ai jamais affirmé le contraire. D'ailleurs, aucune personne de l'association n'a été à la foire ce jour-là.
Aujourd'hui, Chattilla s'est mise à beaucoup suer sur tout le corps. Elle était nerveuse et comme son postérieur est toujours gonflé, j'ai préféré ne prendre aucun risque, aussi ai-je rappelé un vétérinaire pour qu'il vienne la voir.
Elle n'avait pas de fièvre ; il n'a pas su dire d'où venaient les coups de sueurs. Son cœur et ses poumons sont bons, mais ses plaies suintent encore.
Par contre, il est presque sûr (il faudrait faire une radio pour confirmer le diagnostic), qu'elle s'est cassée le métacarpien rudimentaire, ce qui explique pourquoi son postérieur est toujours aussi gonflé. Elle restera donc toujours boiteuse et fragile.
Il nous a redonné un antibiotique qu'elle devra prendre encore pendant 10 jours.
Je me demande pourquoi, si sur la foire où se trouvent des centaines d'équidés et où elle était apparemment si bien, pourquoi vous l'avez tous prise en photo. Vous les regardez plus tard, on vous disant «Les pauvres que sont-ils devenus» ???
J'ai simplement eu pitié d'elle. Je l'ai recueillie pour lui épargner une mauvaise fin.
Je soigne des centaines d'animaux et mon vœu le plus cher est toujours qu'ils guérissent ou qu'ils ne tombent jamais malades.
En nous accusant d'avoir injecté à la jument un produit quelconque, on voit que vous n'avez encore jamais été confrontés avec la vraie souffrance, avec le désespoir des animaux en fin de vie.
Jamais il ne me serait venu à l'esprit de mettre en danger un animal en lui donnant un produit dont il n'a pas besoin. Je suis encore saine d'esprit.
Mais je dois avouer que je n'ai pas autant d'imagination que vous.
Je dois retourner à mon travail. J'espère que qui que vous soyiez, comme exceptionnelle cavalière ou comme association, vous n'aurez pas besoin d'une plainte pour diffamation, pour me laisser retourner à ma serpillière et à mon balai.
Morlind Fiegl




