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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 20:19

 

Suite à l’article paru dans le magazine « France Dimanche », beaucoup de personnes nous ont dit : « Vous avez de la chance, vous vivez votre passion » ou « Si j’en avais les moyens, je ferais la même chose », « Ce serait mon rêve »…

Rêve, passion… Oui mais… Personne ne peut s’imaginer la réalité. C’est pour cela que je veux tenter de l’expliquer.

Je ne dirai plus que je vis tous les jours ma passion ; je vis grâce à elle, elle m’aide à continuer mon travail, mon combat pour les animaux, mais ce que je vis tous les jours c’est un combat du survivant que l’on fait aussi parfois par devoir.

Pour moi, tout a commencé l’été de mes 16 ans. Je voulais un chien, mais ma mère tenait déjà ce refuge, nous avions assez de chiens. Il y en avait qui m’appartenaient… mais je ne sais pas… ça a été comme un appel. Quand ma mère m’a autorisée à en prendre un autre, j’ai tout de suite commencé à appeler tous les refuges de notre région. Je cherchais un berger et j’ai cherché pendant deux semaines. Quand je suis allée voir la chienne, elle ne m’a pas vraiment plu. C’est un peu la bénévole du refuge qui m’a convaincue de la prendre, elle m’a dit qu’elle avait très peu de chances de se faire adopter, à cause de son âge (elle avait 10 ans).

Sur le chemin du retour, elle a eu son nom : SAMIRA. Elle a été la chienne la plus exceptionnelle que j’ai connue. Elle m’a énormément marquée. Elle m’a voué une fidélité extrême. Quelques jours après son arrivée, elle me suivait déjà partout, quand j’étais dans ma chambre, elle reniflait sous la porte ; la nuit elle hurlait si je la laissais dans le salon, alors qu’à côté de mon lit, elle dormait comme un ange. J’allais encore au lycée, et ma mère me disait toujours quand je rentrais, que Samira avait passé la matinée à hurler. Quand je rentrais, elle me faisait la fête, c’était incroyable. Elle n’a vécu que trois mois et demi chez moi, elle est morte d’une tumeur.

C’est elle qui m’a ouvert les yeux. Elle m’a montré ce qui est vraiment important dans la vie : libérer, aimer et respecter.

Un mois et demi après son arrivée, je me suis libérée moi-même en sortant de cet enfer et de cette prison qu’était pour moi l’école. J’ai commencé à aider ma mère à la ferme, avec les animaux. J’ai commencé à trouver un sens à ma vie. Depuis, je ne suis plus jamais partie, je travaille du matin jusque tard dans la nuit pour soigner les rescapés que nous accueillons. Ils sont près de 500 aujourd’hui.

J’ai pris quelques mois pour comprendre dans quoi je m’étais lancée. Un travail dur physiquement, qui commence vers 6h du matin et dure jusqu’à minuit, 7 jours sur 7, 365 jours sur 365. Mais souvent, il faut se lever la nuit, soit pour une urgence, soit pour des soins médicaux sur des animaux malades, ou pour nourrir des orphelins… Il n’y a jamais un jour de repos, sans parler de vacances… mais il n’y a même plus une minute de repos parfois. On travaille du matin jusqu’au soir et on tombe de fatigue au lit. On sort de la ferme peut-être une fois par mois, pour trois heures, pour faire autre chose, mais sinon… On gère toute la journée le travail, les soins, les appels, les urgences, les abandons…                                                                                  

C’est un travail, où l’on a une grande responsabilité envers les animaux. On est sous un stress constant, d’avoir oublié quelque chose, de ne pas avoir vu qu’un animal n’allait pas bien…         

Ou à cause de ces questions : Ai-je bien fermé la porte des chats sauvages ? Où est la chienne berger ? A-t-elle encore attaqué une chèvre ? Pourquoi la chatte noire ne vient-elle pas ? Lui est-il arrivé quelque chose ? Pourquoi la chèvre beugle-t-elle ? A-t-elle la diarrhée ?

Et puis après, il y a cette multitude de compromis que l’on fait :

·         Il faut ranger chaque papier, journal, objet personnel, pour ne pas qu’un chat fasse pipi dessus, vomisse dessus, qu’un chien le déchire…

·         Chaque porte doit être verrouillée car il y a toujours un chien qui arrive à l’ouvrir.

·         Le matin, quand on se lève, il faut d’abord enlever toutes les crottes que les chats ont faites dans la chambre, puis nettoyer les sept boxes de litières…

·         Le soir comme le matin, il faut enlever les besoins des chiens faits dans le salon, alors qu’on ne rêve plus que d’aller se coucher et non de tremper pour la énième fois ses mains dans l’eau de nettoyage.

·         On est de toute façon femme de ménage 75% du temps ici sur la ferme. Entre nettoyer, passer l’aspirateur, la serpillière… J’ai parfois du mal à enlever l’odeur de l’eau de javel de mes mains, que l’on utilise comme virucide, dans l’infirmerie et la quarantaine.

·         Parfois, alors qu’on est déjà terriblement fatigué, il faut encore travailler plusieurs heures. On ne peut jamais s’assoir, avant de tous les avoir soignés.

·         Quand on est malade, on peut compter sur l’aide de l’autre, mais jamais il ne sera question de passer une journée au lit pour se reposer.

·         En hiver, on doit travailler même par grand froid. Les mains et pieds gelés, il faut porter plusieurs dizaines de seaux d’eau chaude, nettoyer des boxes alors qu’on a l’impression de ne plus pouvoir faire un geste.

·         Et puis de toute façon, pour des raisons financières, chaque achat personnel est réduit au strict nécessaire. Tout l’argent va pour les animaux et l’entretien de la ferme.

·         En été, on travaille au jardin, entre 12h et 16h alors que ce sont les pires heures avec le soleil, mais avant comme après il faut s’occuper des animaux.

·         Parfois le soir, on trouve le lit humide d’urine de chat.

·         Les machines à laver tournent toute la journée… des paniers lourds à porter, ranger…

·         On a abandonné l'idée d’avoir des repas fixes, par manque de temps. On est déjà heureux si vers 20 heures, on peut pour la première fois manger quelque chose de chaud.

Je pourrais encore continuer à énumérer des dizaines de choses…

On vit au jour le jour, car il est pratiquement impossible de prévoir les évènements d’une journée. Ou les chevaux et les vaches s’échappent, ou il faut aller chez le vétérinaire, ou il y a une coupure de courant ou d’eau parce qu’un animal a encore déchiré un tuyau…

C’est très dur physiquement souvent, il faut beaucoup porter (sac de fumier, caisses de nourriture, seau d’eau…), manipuler, ranger, nettoyer... Il est élémentaire d'avoir une très bonne endurance et beaucoup de volonté. En réalité, ce qui me donne la force de continuer, c’est de voir les animaux revivre, à la ferme.

Parfois, quand ils arrivent, ils n'éprouvent que de la peur et sont terrifiés. Mais après quelques jours, semaines, mois, ils s’approchent de nous, deviennent curieux, joyeux, ils jouent…

Je ne regrette en aucune façon de m’être jetée dans ce travail, même si maintenant je sais que je suis obligée de rester ici. J’ai pris des animaux, je suis maintenant responsable d’eux jusqu’à leur mort. Par contre, je pense que les gens qui affirment rêver de faire ce que nous faisons devraient travailler une semaine ici avant de prétendre cela. Que pendant une semaine ils travaillent et renoncent à tout, comme nous le faisons. 

J’imagine que l’on ne peut pas se représenter ce que c’est, mais sachez que c’est parfois très difficile. Personnellement, le plus dur ce sont les soucis financiers, quand les factures deviennent un drame. On commence à vendre nos derniers objets personnels pour finir les fins de mois, car en réalité on a besoin de peu pour vivre. Le reste doit sans cesse être dépoussiéré !

Les choses les plus essentielles de la vie ne peuvent de toute façon ni être achetées ni remplacées. Elles sont uniques. Comme l’amour que l’on a pour quelqu’un, que ce soit un humain ou un animal. On peut seulement profiter de l’instant présent, le savourer et espérer qu’il dure le plus longtemps possible.

Pour finir, j’aimerais remercier de tout cœur tous ceux qui nous ont soutenu au cours de l’année 2010 et j’espère que d’autres nous rejoindront en 2011.

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Published by la ferme des rescapés - dans Présentation de l'association
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Monique Pierlot 20/12/2010 11:30


Mon mari et moi avons assisté Zavater notre vieux chien (17 ans) : le monter dans son fauteuil,le sortir faire pipi à toute heure du jour et de la nuit, lui mettre des langes,le remettre sur ses
pattes quand il flanchait. Le corps partait d'usure mais l'esprit était toujours là, on le voyait dans ses yeux. Chaque fois qu'on parlait d'euthanasie, il levait la tête et nous regardait
fixement. Le 9 septembre dernier, on a vu qu'il allait droit au blocage de reins alors,on l'a euhanasié. Restent les souvenirs la un certain sentiment de culpabilité : Zavater voulait-il cela ? Je
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